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Décembre 2016 les portraits de cire à travers la tourmente révolutionnaire

 

portrait en cire de Philipp Wilhelm Matthias Kurtz dit curtius
Portrait de cire de Curtius 
 
En 1776, un médecin d'origine allemande, Philipp Wilhelm Matthias Kurtz devenu Philippe Mathé-Curtz dit Curtius installe un cabinet de cire au Palais Royal. Rapidement, ce cabinet devient l'une des attractions majeures de ce jardin alors tellement à la mode. On y voit notamment la famille royale réunie pour un dîner, ce que l'on appelle le "grand couvert", mais Curtius expose aussi les célébrités du temps, Necker, Madame du Barry, le duc d'Orléans...

gravure anonyme, le dîner de la famille royale, salon de cire de Curtius

Quelques années plus tard, Curtius ouvre une seconde attraction au boulevard du Temple, "la Caverne des Grands Voleurs". Au Palais Royal, les célébrités du temps; sur le boulevard du Temple, les brigands, les repris de justices les scènes de crime, sorte de préfiguration de la  chambre des horreurs.

Le docteur Curtius initie également Marie Grosholtz, la fille de sa gouvernante, à la pratique de la sculpture sur cire. Celle-ci égale rapidement son maître et réalise les portraits de Voltaire, Rousseau et Benjamin Franklin. 
Lors de l'opération immobilière menée par le duc d'Orléans au Palais Royal, opération qui lui confère la physionomie que nous lui connaissons aujourd'hui, Curtius installe son salon de cire au 17 de la galerie Montpensier aujourd'hui occupée par le fabriquant de médaille Bacqueville.
devanture de Bacqueville 17, galerie Montpensier au Palais Royal
Baqueville, 17 galerie Montpensier

Dans ses mémoires -dont il est difficile de faire la part du vrai et du faux- Marie raconte que durant la tourmente révolutionnaire, elle fut emprisonnée en compagnie de Joséphine de Beauharnais en raison de ses liens avec la famille royale (elle aurait enseigné l'art de la sculpture sur cire à l'une des sœurs de Louis XVI), qu'elle eut les cheveux coupés en vue de sa prochaine exécution mais qu'elle dut son salut à une intervention de David. On réclamait son talent pour réaliser les masques mortuaires des personnalités exécutées. Entreprise macabre s'il en fut, elle réalisa ainsi les masques mortuaires de Marie-Antoinette, Marat, Robespierre...

À la faveur de la paix d'Amiens, en 1802, Marie part pour l'Angleterre. Après quelques années, elle ouvre un cabinet de cire à Baker Street, le Baker Street Bazaar. 

Ah, j'allais oublier de vous préciser: À la mort de Curtius, Marie hérite de ses colletions et épouse un  certain monsieur Tussaud!
 
portrait de cire de madame tussaud
Madame Tussaud à 42 ans
Souce: john T. Tussaud, The Romance of Madame Tussaud's
 
PS: le protrait de cire était une tradition en France en témoigne le portrait de Louis XIV par Antoine Benoist
 

 


 

 
Décembre 2016 Du chef d'œuvre inconnu à Guernica, la rue des grands-Augustins

 

imprimerie de Balzac rue Visconti VIème arrondissement, Paris
Imprimerie de Balzac rue Visconti
 
En 1826, Balzac achète une imprimerie, 17 rue Visconti. Il a alors 27 ans. Lui-même s'installe dans un petit logement au dessus. Avec son associé, André Barbier, un prote -chef d'atelier d'une imprimerie- il accepte de petits travaux, des faire-part, des affiches, des publicités ou des almanachs. Sortiront de cet atelier entre-autres, une publicité pour les pilules anti-glaireuses de longue vie ou l'Annuaire de la charcuterie. Il publie également des recueils d'anecdotes que l'on appelle alors des pots-pourris comme l'Art de Payer ses Dettes ou l'Art de Nouer ses Cravates. Il publie aussi un La Fontaine illustré, un Molière...
Mais l'imprimerie ne fonctionne pas bien et les éditions de la Fontaine ou de Molière qui sortent de ses presses sont trop chères pour des éditions de médiocre qualité. Balzac s'endette et parallèlement continue à écrire: rue Visconti, sont composés Le Gars et une première ébauche des Chouans.
En 1828, c'est la faillite; il se retrouve avec 60 000 francs de dettes dont une grosse partie envers sa famille et sa maîtresse, Antoinette -Laure- de Berny.

Pour faire face, ce travailleur acharné reprend la plume qu'il n'a jamais vraiment quittée d'ailleurs. Cette aventure de l'imprimerie et de sa faillite lui fournissent le matériel pour César Birotteau, histoire d'un parfumeur ruiné par la spéculation immobilière. Par ailleurs, il situe un certain nombre de ses romans dans le voisinage de la rue Visconti. 

Un cas particulier est à retenir par le flâneur de Paris, celui du Chef d'œuvre Inconnu paru en 1831.
 
7 rue des Grands-Augustins Paris VIème
7 rue des Grands-Augustins
 
La nouvelle met en scène un jeune peintre au talent prometteur, Nicolas Poussin, qui , se rendant chez Franz Pourbus, rue des Grands-Augustins, rencontre le peintre Frenhofer. Frenhofer, figure imaginée par Balzac, ne parvient pas à achever le portrait de Catherine Lescault, la Belle Noisieuse (1). Poussin propose alors que Gilette, son amante, pose pour le maître. 
Lorsque Pourbus et Poussin découvrent la toile, ils constatent que celle-ci n'est qu'une mosaïque de couleurs dont n'émerge qu'un pied magnifique. 
Frenhofer devenu fou se suicide en mettant le feu a ses toiles.
La nouvelle constitue une réflexion sur la peinture et sur les liens de l'artiste avec son travail qui a fasciné les peintres à commencer par Delacroix puis Picasso quand en 1931 Antoine Vollard lui propose d'illustrer la nouvelle.
La fascination de Picasso est telle qu'en 1936, le peintre acquière le vaste grenier du 7 rue des grands-Augustins où l'on situe l'atelier de Pourbus. C'est à cet endroit qu'en 1937, Picasso peint Guernica en témoignage de sa colère face au bombardement de la ville basque.

 
plaque du 7 rue des Grands-Augustins, VI ème arrondissement Paris

(1) la nouvelle a également donné lieu en 1991, à un film de jacques Rivette, la Belle Noiseuse avec Michel Piccoli et Emmanuelle Béart.
 

 
Bibliographie et références:

Balzac, Le Chef d'œuvre Inconnu
Anne-Marie Baron, le Paris de Balzac
site: www.ruevisconti.com/

 


 

 
Novembre 2016 la Cour Batave, ancêtre des galeries marchandes

 

vestiges de la cour batave, rue Saint-Denis
vestige de la Cour Batave, 60 rue Saint-Denis
 
Au  60 de la rue Saint-Denis, une inscription attire le regard du flâneur: "Maison Batave 1795-1859"
Que viennent faire les Bataves, autrement dit les Hollandais, rue Saint-Denis?

Ici, jusqu'à la révolution se dressaient les bâtiments de l'église du Saint Sépulcre comme le montre clairement le plan Turgot.
 
église du Saint-Sépulcre, Plan Turgot

Ces bâtiments furent vendus comme biens nationaux et acquis par un groupe de négociants hollandais qui les firent raser pour réaliser une opération immobilière.
Ils confièrent aux architectes Sobre (élève de Nicolas Ledoux) et Happe la réalisation de cette première cour de commerce.

 
cour batave par Dorgès

 
Au rez-de-chaussée, des commerces surmontés d'un entresol s'ouvraient sur un péristyle. Au-dessus quatre étages de logements. la cour constituait également un passage car elle s'ouvrait sur la rue Saint-Denis, et communiquait avec la rue Saint-Martin par la petite rue de Venise qui traversait la rue Quincampoix.

Cette cour est typique des constructions parisiennes de l'époque. D'abord, parce qu'elle est le fait d'un groupe d'investisseurs privés. Ensuite parce-qu'elle donne une épaisseur à la ville: là où Haussmann et le Second Empire créeront des façades, l'Empire, puis la Restauration et enfin la Monarchie de Juillet ont créé des passages, des possibilités de se déplacer au travers des îlots construits. Enfin, parce qu'il correspond à de nouveaux modes de consommation: c'est le début de la boutique telle que nous la connaissons et surtout à une importance toute nouvelle accordée à la vitrine censée attirer le chaland et lui donner envie de passer le seuil.

Cette cour antérieure aux arcades de la rue de Rivoli, contemporaine de la petite rue des Colonnes (construite sur un modèle identique également par des investisseurs privés) tomba en désuétude et n'eut sans doute pas le succès que les investisseurs en attendaient. Balzac n'en fait d'ailleurs pas une description très flatteuse:
 
La cour batave où demeurait ce petit vieillard [Jean-Baptiste Molineux] est le produit d'une de ces spéculations bizarres qu'on ne peut plus s'expliquer dès qu'elles sont exécutées. Cette construction claustrale à arcades et galeries intérieures, bâtie en pierres de taille, ornée d'une fontaine au fond [...] fut sans doute inventée pour doter le quartier Saint-Denis d'une sorte de Palais-Royal. ce monument malsain enterré sur ses quatre lignes par de hautes maisons, n'a de vie et de mouvement que pendant le jour, il est le centre de passages obscurs qui s'y donnent rendez-vous et joignent le quartier des halles au quartier Saint-Martin par la fameuse rue Quincampoix, sentiers humides, où les gens pressés gagnent des rhumatismes; mais la nuit, aucun lieu de Paris n'est plus désert, vous diriez les catacombes du commerce. Il y a là, plusieurs cloaques industriels, très peu de Bataves et beaucoup d'épiciers. Naturellement, les appartements de ce palais marchand n'ont d'autre vue que celle de la cour commune où donnent toutes les fenêtres, en sorte que les loyers sont d'un prix minime. Monsieur Molineux demeurait dans un des angles au sixième étage, pour raison de santé: l'air n'était plus pur qu'à soixante-dix pieds au dessus du sol.

Balzac, César Birotteau, 1937

D'après la description qu'en donne Balzac, les promoteurs ne surent pas attirer les commerces à la modes, les commerces de luxe qui firent le succès des galeries et passages de l'époque suivante. les appratements sont aussi décrits comme insalubres, les fenêtres ne donnant que sur la cour, celle-ci assez triste. Pourtant, il s'agit bien là d'une première tentative, d'une initiative privée (et non l'aménagement d'un palais princier) suivie de bien d'autres: passage du Caire, passage des Panoramas...

La cour disparut lors du percement du boulevard Sébastopol et du prolongement de la rue de la Cossonnerie. Seuls demeurent le magasin du 60 rue Saint-Denis avec sa fenêtre de l'entresol caractérisitque en demi-lune et l'inscription "Maison Batave 1795-1859"

 


 

 
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dragon-Balcon de l`hôtel Chenizot le Saint-Louis
 
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